Interview de Aurélie DUDEZERT, Journée des droits de la femme, «les 364 autres jours, on fait quoi?»

Aurélie DUDEZERT, Maître de Conférences-HDR à l'Ecole Centrale de Paris

Aurélie DUDEZERT, Maître de Conférences-HDR à l'Ecole Centrale de Paris

 

 

Interview de
Aurélie DUDEZERT,
Maître de Conférences-HDR
à l’Ecole Centrale de Paris

 

Françoise Giroud, journaliste et femme politique disait “La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente.” Pensez-vous que l’on s’en approche ?

Je suis optimiste: on s’en approche! 😉

Pour tendre vers l’égalité entre les femmes et les hommes en entreprise pensez vous qu’il faille
1. être patient : ca va venir
2. être pédagogue : sensibiliser encore et encore
3. être militant : déclarer la guerre pour cette cause

Je dirais etre pédagogue, avec beaucoup de patience !

selon vous quel est le stéréotype le plus répandu sur les femmes dans l’entreprise ?

Pour moi le stéréotype le plus répandu sur les femmes dans l’entreprise est tout simplement “La femme est différente de l’homme professionnellement”. Cette idée que la femme parce qu’elle est femme exécuterait mieux telle tâche ou moins bien telle autre est étonnante. Pour moi nous sommes tous des individus qui agissons pour notre organisation avec nos compétences et nos motivations.

  ………..et sur les hommes ?

L’homme est différent de la femme professionnellement!

Que recommanderiez-vous comme action pour la journée du 8 mars dans votre entreprise ?

Une distribution gratuite de chocolats! S’il y a bien une chose qui réunit les hommes et la femmes, c’est la gourmandise!
Plus sérieusement, je pense qu’une action qui aurait du sens dans mon établissement serait de rendre hommage ce jour-là à une grande chercheuse du siècle. En tant que chercheur je suis personnellement admirative de ces femmes qui nous ont ouvert la voie et qui en se battant pour être reconnues par une communauté très masculine, nous ont permis d’accéder plus facilement à ces métiers très élitistes. Je pense que rendre hommage à une de ces femmes serait une action qui aurait du sens pour la journée de la femme.

et les 364 jours restants?

Je travaille dans le monde de l’enseignement et de la recherche. Dans cet environnement de plus en plus de jeunes femmes accèdent à des postes à responsabilités et deviennent professeur des universités alors que les exemples n’étaient pas si fréquents il y a quelques années. Mieux mettre en avant ces réussites pourrait faire évoluer les idées reçues et montrer que l’égalité se construit petit à petit.

Que faut-il éviter à tout prix selon vous ?

Stigmatiser les hommes! Beaucoup de nos collègues soutiennent nos évolutions et nos motivations. Les freins sont plus culturels que contextuels à nos organisations.

Cristina Lunghi, Présidente Fondatrice d’Arborus disait : « L’égalité ne se décrète pas, elle s’organise ». Que vous inspire cette Phrase ?

Je crois que l’égalité professionnelle s’enseigne surtout et se transmet. Dans ma génération nous avons vu nos mères faire des études et s’impliquer professionnellement, il est donc normal pour nous, femmes, de travailler aujourd’hui. L’évolution du nombre de femmes dans les formations de haut niveau comme étudiantes fait aussi bouger les idées reçues. Dans mon métier d’enseignante en Ecole d’Ingénieur je vois de plus en plus de jeunes femmes motivées et impliquées. Cette motivation et implication est totalement acceptée et vue comme naturelle par leurs camarades masculins. Ils trouvent normal qu’elles accèdent par la suite aux mêmes responsabilités professionnelles qu’eux. Je crois que si nous continuons dans ce sens-là et que nous intégrons mieux des jeunes femmes de tout milieu, de tout pays et de toute culture dans ces formations de haut niveau,  l’égalité professionnelle s’imposera progressivement.
Il y a encore du chemin à parcourir, il faut encore lutter contre des schémas culturels, il faut encore dénoncer les différences et expliquer mais je reste optimiste.

Comment les réseaux Sociaux numériques d’entreprise peuvent ils soutenir la cause de l’égalité professionnelle ?

Les réseaux sociaux d’entreprise permettent de créer du lien informel entre les collaborateurs de l’entreprise. Plus les hommes et les femmes se côtoient dans l’entreprise plus les idées reçues tombent sur la différence. De ce point de vue, je pense que les réseaux sociaux peuvent contribuer à l’égalité professionnelle.

Que pensez-vous de la démarche de l’Observatoire des RSE ?

Je la trouve très positive parce qu’elle est conviviale et informelle. Ce sujet de la différence est souvent vécu difficilement par les femmes et  les hommes de l’entreprise. Les hommes ne comprennent pas pourquoi on mettrait en avant les évolutions des femmes ou on valoriserait plus les femmes pendant un temps alors que pour eux aussi c’est difficile. De leur côté les femmes sont confrontées régulièrement dans leur parcours professionnel aux idées reçues sur leur différence. Donc aborder ce sujet est délicat et peut conduire à opposer hommes et femmes dans l’entreprise. Une initiative comme celle-ci qui donne la parole à des hommes et à des femmes sur ce sujet sur un mode informel et confronte les points de vue me paraît donc très positive pour engager un dialogue sur ces sujets.

 Aurélie Dudézert est diplômée de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de Bordeaux, docteur de Centrale Paris, maître de conférences, habilitée à diriger les recherches en Sciences de Gestion à l’École Centrale Paris. Spécialiste du Management des Connaissances elle est aujourd’hui en charge du développement de l’équipe de recherche en Sciences Economiques et Sciences de Gestion de l’Ecole Centrale Paris (Equipe de recherche sur les Politiques de Croissance fondées sur la Connaissance-EPOCC) qui se donne  pour objectif d’étudier les nouveaux modèles de croissance de l’économie et les nouveaux modes d’organisation des entreprises à l’heure de l’Economie de la Connaissance.   Membre du Groupe inter-entreprises COP-1 rassemblant les Knowledge Managers de grandes entreprises françaises, elle développe ses travaux de recherche en collaboration étroite avec les entreprises (BOUYGUES CONSTRUCTION, CEA, TOTAL…) et intervient auprès de nombreuses organisations en tant qu’experte (AREVA, EGIS,  ERAMET, SNCF…).